Pourquoi dit-on “quatre-vingt-dix” et pas “nonante” ?

16 février 2026
16 Fév Pourquoi dit-on “quatre-vingt-dix” et pas “nonante” ?
16 février 2026
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Transcription de la vidéo :
Salut ! Si tu as cliqué sur cette vidéo, c’est peut-être qu’un jour tu es resté bloqué devant un nombre en français. Soixante-dix, quatre-vingt, quatre-vingt-dix. Tu les as compris, tu les as mémorisés, mais au fond de toi, quelque chose ne collait pas. Et beaucoup de non-francophones avec lesquels je discute dans l’Académie Français Authentique ont eu, à un moment donné, l’occasion de me dire : « mais pourquoi vous, les Français, vous faites les choses d’une manière si compliquée ? » La plupart du temps, en tant que natif, on répond par « ben parce que c’est comme ça, c’est la règle », et on passe directement à autre chose.
Dans cette vidéo, je te propose de faire l’inverse. On va prendre le temps de comprendre pourquoi les Français ont fait ce choix. Parce que, comme tu vas le voir, ce n’est pas du tout un hasard et c’est le fruit d’un très très long cheminement historique. Donc, l’idée, aujourd’hui, c’est pas d’ajouter une règle supplémentaire, c’est juste de te donner une explication qui t’aidera à en savoir un peu plus sur la France et sa culture et apporter du sens là où auparavant il n’y avait que de la mémorisation.
Alors, pour comprendre tout ça, il faut remonter très très loin, bien avant que le français moderne n’existe. À cette époque très lointaine, les peuples européens utilisaient différentes techniques pour compter. Certains comptaient en base 10, d’autres comptaient en base 20. Dans plusieurs langues celtiques anciennes, et notamment chez nos ancêtres les Gaulois, on retrouve, c’est attesté historiquement, une façon de compter par 20, avec une base 20. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui « le système vigésimal ».
Alors, pourquoi 20 ? C’est dur pour nous qui sommes formatés aujourd’hui à penser en base 10 de se dire que parfois, dans certaines civilisations, on avait une base 20. Il y a pas de certitude historique, mais certains pensent que c’était lié au corps humain en fait, puisqu’on a 10 doigts, mais on a aussi 10 orteils. Et il est possible que les civilisations qui utilisaient une base 20 utilisaient leurs doigts et leurs orteils pour compter. Encore une fois, ici, c’est une hypothèse et pas une certitude historique. Mais je trouve qu’elle fait sens.
Quand les Romains arrivent en Gaule, ils amènent avec eux leur système en base 10. Donc, on a les Romains et leur système en base 10 et les Gaulois avec leur système en base 20. Et pendant très très très longtemps, les deux systèmes vont cohabiter ensemble. Au Moyen-Âge, en ancien français, on trouve d’ailleurs les deux formes qui cohabitent. Certains disaient « septante », d’autres « soixante-dix ». Certains disaient « octante », d’autres disaient « quatre-vingt ». Certains disaient « nonante » et d’autres « quatre-vingt-dix ».
Mais progressivement, à partir du XVIIe siècle, on va vouloir standardiser la langue française. Et le point culminant de ce désir de standardisation, c’est la création de l’Académie française en 1635. Un de ses rôles, à l’Académie française, c’est de faire des choix. Quand il y a plusieurs utilisations courantes, l’Académie française va dire « non, le choix correct et le seul reconnu pour la langue française, c’est celui-ci ». Et c’est donc là qu’il va falloir décider entre le système de base 10 et le système de base 20. Et c’est à ce moment-là que l’Académie française décide de privilégier le système vigésimal. C’était le système qui était le plus utilisé à l’époque, et donc, l’Académie a tout simplement décidé, a finalement tranché sur le fait que les Français devaient dire « soixante-dix », « quatre-vingt », « quatre-vingt-dix ».
Certains pensent que c’était une question un peu de prestige, parce que le système en base 20 semblait être plus ancien et plus typiquement français. D’autres disent que c’est juste parce que c’est le système qui était le plus utilisé, et notamment à Paris, et que l’Académie française n’a fait que formaliser quelque chose qui existait déjà plutôt en pratique.
Mais pendant ce temps-là, dans d’autres régions francophones, la vie continue. Et par exemple, la Belgique et la Suisse actuelles, qui n’avaient pas cette influence de l’Académie française, ont décidé de faire un choix un peu plus logique, finalement, et de rester sur la base 10. Là-bas, on dit plutôt « septante », « octante » ou « huitante » et « nonante ». C’est amusant, parce que cette forme, elle est plus logique. Mais pour moi qui suis français, si j’entends un ami belge dire « nonante » ou un ami suisse dire, je sais pas, « septante », eh bien, ça va me faire sourire et m’amuser. Alors que, d’un point de vue logique, je pense que c’est eux qui ont tout à fait raison.
Donc, voilà pour la petite anecdote historique. Alors, qu’est-ce que ça change pour toi de savoir ça ? Eh bien, déjà, ça te permet de comprendre que cette histoire de soixante-dix, ce n’est pas une bizarrerie inventée par les Français pour embêter ceux qui l’apprennent. On parle ici quand même de plus de 2000 ans d’histoire, donc, c’est un héritage, et d’un mix entre une influence des Romains et des Gaulois.
Et cette petite histoire sur les nombres français, elle souligne quelque chose que je dis depuis 2011, depuis que j’ai créé Français Authentique. Quand on s’intéresse à une langue, eh bien, il ne faut pas s’intéresser seulement qu’à la mécanique, qu’aux mots, qu’à la grammaire, etc. La langue, elle s’inscrit dans quelque chose de beaucoup plus grand, beaucoup plus large, et il faut donc s’intéresser à sa culture, son histoire, sa logique, ses raisonnements.
Et maintenant, quand tu verras 70, tu ne verras plus forcément un obstacle qui t’embête. Tu pourras imaginer des Gaulois qui comptaient sur leurs orteils. Tu pourras peut-être imaginer l’Académie française qui, au XVIIe siècle, a essayé de standardiser la langue française. Et c’est, pour le coup, beaucoup plus riche et beaucoup plus intéressant. Et c’est ça la clé de l’apprentissage d’une langue, c’est ce qui te rend plus riche, c’est ce qui te rend plus ouvert sur le monde. Et je pense que tu peux être fier de toi de connaître maintenant une anecdote que beaucoup de francophones eux-mêmes ne connaissent même pas.
Alors, dis-moi en commentaire, est-ce que cette explication te convient ? Est-ce que tu comprends un peu mieux pourquoi on dit « soixante-dix » ? Et tu peux aussi me dire si tu n’aurais pas préféré que les Français adoptent comme nos amis belges le mot « septante ». C’est pour t’aider à apprendre le français d’une manière agréable et t’aider à en savoir beaucoup plus sur sa culture et son histoire que j’ai créé l’Académie Français Authentique en 2016. Depuis 10 ans maintenant, nous aidons nos membres à progresser avec des réunions Zoom, avec nos tuteurs, mais aussi avec des modules qui traitent de la France, la francophonie, il y a des dialogues, du développement personnel, plein plein de choses. On a actuellement 120 modules disponibles, on en ajoute un chaque mois.
Et aujourd’hui, j’ai un petit cadeau pour toi puisque tu es resté jusqu’au bout de cette vidéo. Si tu suis le premier lien dans la description, tu peux obtenir gratuitement le module sur la France de 1940 à 1945. Tu vas voir que c’est un module passionnant sur l’histoire de France, pour le coup, et sur un événement tragique, malheureusement, du XXe siècle. Suis le premier lien pour découvrir ce module complet. Tu as la vidéo, le PDF, le MP3, un article vocabulaire, un article prononciation, etc. Donc, suis. C’est plus qu’un module, c’est un mini-cours en fait. Suis ça dès maintenant en suivant le lien dans la description. Si tu as aimé, laisse un petit « j’aime », ça nous aide toujours, partage cette vidéo avec tes amis et n’oublie pas de t’abonner à la chaîne YouTube de Français Authentique en activant les notifications.
Merci d’avoir été avec moi aujourd’hui, et je te dis à très bientôt pour du nouveau contenu en Français Authentique. Salut !



